L'interview…
d'Alexandros Markeas


« Revisiter ce chant funèbre »
 


 
Une autre Odyssée est sous-titrée « Requiem pour les migrants morts en mer méditerranée ». Que souhaitez-vous transmettre avec cette pièce ?
 
Alexandros Markeas : Je pense que l'art en général a ceci de particulier qu'il amplifie les sensations, qu'il les fait ressortir de manière plus forte et plus évidente. Une autre Odyssée n'est pas à proprement parler une pièce engagée, dans le sens où elle ne véhicule pas des idées ; c'est pour moi une sorte de requiem, une veillée funèbre. Elle évoque les personnes disparues et toute une mer - avec les cultures qui l'entourent, avec sa beauté naturelle - qui devient tombe, qui raconte des histoires qu'on peut entendre, imaginer, ressentir… Il s'agit de revisiter ce chant funèbre qui existe depuis que la musique existe.
 
Musicalement, à quoi ressemblera cette veillée funèbre ?
 
A. M. : J'ai voulu prendre différents éléments de la musique méditerranéenne, à la fois la musique de la Renaissance - Gesualdo ou Monteverdi -, des musiques traditionnelles des pays de la Méditerranée et des musiques que j'ai composées. Toutes ces musiques sont réunies autour de ce dénominateur commun : la plainte, le chant pour les êtres disparus. C'est un moment pour affronter la mort. La mort en tant qu'injustice, mais aussi en tant que destin auquel on ne peut pas échapper.
 

Qu'attendez-vous du public ?
 
A. M. : L'idéal serait que la pièce génère une pensée sincère pour ces personnes qui disparaissent tous les jours pour gagner une autre vie. J'aimerais provoquer une sorte de révolte, mais en même temps, la musique est avant tout faite pour être partagée ici et maintenant, ce n'est pas un meeting ou une démarche militante. Je souhaite réellement que cette pièce amène à une communion entre des gens, à une prise de conscience… Cela serait une forme de réussite.
 
Le thème Orient / Occident semble occuper une place prépondérante dans vos oeuvres, pouvez-vous nous en parler ?
 
A. M. : J'ai été bercé par des musiques modales méditerranéennes, des musiques ottomanes, byzantines, arabes [ndlr : Alexandros Markeas est né et a grandi en Grèce]. Elles restent en moi autant que les musiques occidentales. Ce mélange, c'est l'histoire même de la Grèce, un pays déchiré à la fois par sa position géographique et son histoire entre Orient et Occident. Cette friction entre deux mondes musicaux existe aussi en moi et provoque des rencontres que j'espère fructueuses.

 
Propos recueillis en juin 2015

 
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