Zoom sur…
Never Mind the Future | Sarah Murcia

 
Photo : E. Rioufol


« Quand il m'a été proposé de reprendre un album culte, l'idée m'a tout de suite intéressée ; je suis familière de cette démarche en général, ayant à maintes reprises arrangé de la musique déjà existante (Kurt Weill avec Baron Samedi d'Alain Buffard, mon duo Beau Catcheur avec Fred Poulet (travail presque Oulipien sur un répertoire tiré de la variété internationale), projets Times they are changin, au festival d'Amiens, avec deux harmonies, un trio et plusieurs chanteurs sur des chansons engagées ; projet Je me souviens, au Maroc, autour de chansons ayant marqué l'adolescence des chanteurs présents ; disque de reprises avec mon groupe Caroline , autour de chansons s'appelant toutes Caroline ; et émissions de Paul Ouazan sur Arte autour de l'année 67, des années 70, 80 et des crooners, ou encore le travail sur le rockabilly avec le groupe Las Ondas Marteles. J'ai choisi de travailler sur l'album Never mind the Bollocks des Sex Pistols, car d'une part c'est un disque qui m'a marqué plus jeune, et que je réécoute maintenant avec plaisir ; j'aime le son, l'énergie et la musique qui s'en dégagent, et d'autre part je m'intéresse à la richesse du paradoxe inhérent à la formation et au développement du groupe. D'un côté le mouvement punk, antisocial et presque nihiliste, de l'autre un phénomène de mode absolument gigantesque, avec une stratégie commerciale menée avec brio par Malcom McLaren. Pour moi, Never mind the Bollocks, c'est aussi un tiers de musique et deux tiers de concepts, qu'ils soient politiques ou esthétiques. C'est avec mon groupe Caroline (Gilles Coronado, Olivier Py, Franck Vaillant et moi-même) que j'ai décidé de travailler sur ce projet, car nous partageons la même grammaire musicale - à la fois issue du jazz, du rock, de la chanson et d'autres formes de musiques - qui nous permet de passer d'un état à un autre avec souplesse, ce qui me paraît correspondre à ce genre de projet. J'ai voulu inviter Benoit Delbecq, musicien que j'admire beaucoup, pour enrichir la palette sonore de l'ensemble ; la façon dont il utilise le piano me semble s'intégrer parfaitement au groupe et à ce projet en particulier. J'ai aussi voulu inviter Mark Tompkins à danser et chanter (nous avons un duo, Everybody, dans lequel il chante et il danse, je chante et joue de la contrebasse ; il est aussi venu plusieurs fois chanter avec Caroline, et également sur Arte dans les émissions de Paul Ouazan ou j'étais arrangeuse). Sa présence me paraît toute indiquée pour incarner le paradoxe dont je parlais précédemment ; il serait à la fois chanteur (avec moi) et danseur. L'idée serait, plutôt que de reprendre textuellement et musicalement le disque, d'écrire une variation autour de leur musique, en ayant un regard assez large sur leur propos et son expression. J'essaye de traduire avec mon langage ce que je ressens à l'écoute du disque. Le fait que la musique de Never mind the Bollocks soit assez typée, réalisée dans une grande unicité de style, permet d'envisager beaucoup de possibilités d'interprétation. »
 
Sarah Murcia
 
À découvrir
le 23 novembre 2016
à l'Arsenal
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